
Il aura suffit de quoi ? L’annonce d’une perte, un reportage signé Mireille Darc Voyage vers l’inconnue, et le souvenir persistant de l’acteur Laurent Terzieff répétant : « Un homme qui meurt, c’est une fenêtre ouverte sur le monde qui disparaît. »
Celui dont il faudra désormais apprivoiser le silence, je ne le connaissais pas, mais par amitié pour d’autres qui l’aiment, je m’étais inquiétée de sa santé voici quelques mois. Porter un inconnu, le réchauffer d’une pensée, et garder quelque part en soi, l’empreinte de ce qui disparaît.
Comment mieux profiter de la vie qu’en reconnaissant sa fragilité ? Dans ce moment d’absolue déliaison, il faut savoir effeuiller le temps. Il file si continuellement qu’on peut le sentir nous propulser dans la tombe avec vigueur, à grand renfort de claques dans le dos. Oui, les jours s’acharnent à nous balayer. On a beau les supplier, les accrocher, les étirer, les rallonger, ils s’en moquent. On les empoigne pourtant, on les apostrophe à toute heure. On les savoure, on en profite, on les retient. Parfois même, on en vient aux solutions extrêmes – tromper jeudi avec vendredi, refuser le sommeil, jeter sa montre par-dessus les moulins. On entretient une relation malsaine avec le temps, de type sado-masochiste. Alors qu’on le sait, tout se paye, et surtout les flacons qui procurent l’ivresse.